Sur ces gens , sur leurs formes immobiles , ceux qui ne regardent rien , ni vous ni le soleil .

Sur ces gens , sur leurs formes immobiles , ceux qui ne regardent rien , ni vous ni le soleil .





S e i k a t s u ?

# Posté le samedi 20 septembre 2008 15:13

Modifié le dimanche 22 novembre 2009 09:23

And all vermin of the world inhabit it .

And all vermin of the world inhabit it  .
Nos organes étaient les seuls intermédiaires entre le monde extérieur et nous . C'est-à-dire que l'être intérieur , qui constitue le moi , se trouvait en contact au moyen de quelques filets nerveux , avec l'être extérieur qui constitue le monde . Or , outre que cet être extérieur nous échappait par ses proportions , sa durée , ses propriétés innombrables et impénétrables , ses origines , son avenir ou ses fins , ses formes lointaines et ses manifestations infinies , nos organes ne nous fournissaient encore sur la parcelle de lui que nous pouvions connaître que des renseignements aussi incertains que peu nombreux . Incertains , parce que ce sont uniquement les propriétés de nos organes qui déterminaient pour nous les propriétés apparentes de la matière . Peu nombreux , parce que nos sens n'étant qu'au nombre de cinq , le champ de leurs investigations et la nature de leurs révélations se trouvaient fort restreints . L'oeil nous indiquait les dimensions , les formes et les couleurs . Il nous trompait sur ces trois points . Il ne pouvait nous révéler que les objets et les êtres de dimension moyenne , en proportion avec la taille humaine , ce qui nous a amenés à appliquer le mot grand à certaines choses et le mot petit à certaines autres , uniquement parce que sa faiblesse ne lui permetait pas de connaître ce qui était trop vaste ou trop menu pour lui . D'où il résulte qu'il ne sait et ne voit presque rien , que l'univers presque entier lui demeure caché , l'étoile qui habite l'espace et l'animalcule qui habite la goutte d'eau . S'il avait même cent millions de fois sa puissance normale , s'il apercevait dans l'air que nous respirons toutes les races d'êtres invisibles , ainsi que les habitants des planètes voisines , il existerait encore des nombres infinis de races de bêtes plus petites et des mondes tellement lointains qu'il ne les atteindrait pas . Donc toutes nos idées de proportion étaient fausses puisqu'il n'y a pas de limite possible dans la grandeur ni dans la petitesse . Notre appréciation sur les dimensions et les formes n'avait aucune valeur absolue , étant déterminée uniquement par la puissance d'un organe et par une comparaison constante avec nous-mêmes ne reflètaient que notre manière de voir la réalité .Ajoutons que l'oeil est encore incapable de voir le transparent . Un verre sans défaut le trompe . Il le confond avec l'air qu'il ne voit pas non plus . La couleur existait parce que notre oeil était constitué de telle sorte qu'il transmetait au cerveau , sous forme de teintes , les diverses façons dont les corps absorbent et décomposent , suivant leur constitution chimique , les rayons lumineux qui les frappent . Toutes les proportions de cette absorption et de cette décomposition constituaient les nuances . Donc cet organe imposait à l'esprit sa manière de voir , ou mieux sa façon arbitraire de constater les dimensions et d'apprécier les rapports de la lumière et de la matière . L'ouïe . Plus encore qu'avec l'oeil , nous sommes les jouets et les dupes de cet organe fantaisiste . Deux corps se heurtant produisaient un certain ébranlement de l'atmosphère . Ce mouvement faisait tressaillir dans notre oreille une certaine petite peau qui changeait immédiatement en bruit ce qui n'était , en réalité , qu'une vibration . La nature est muette . Mais le tympan possèdait la propriété miraculeuse de nous transmettre sous forme de sons , et de sons différents suivant le nombre des vibrations , tous les frémissements des ondes invisibles de l'espace . Cette métamorphose accomplie par le nerf auditif dans le court trajet de l'oreille au cerveau nous a permis de créer un art étrange , la musique , le plus poétique et le plus précis des arts , vague comme un songe et exact comme l'algèbre . Que dire du goût et de l'odorat ? Connaîtrions-nous les parfums et la qualité des nourritures sans les propriétés bizarres de notre nez et de notre palais ? L'humanité pourrait exister cependant sans l'oreille , sans le goût et sans l'odorat , c'est-à-dire sans aucune notion du bruit , de la saveur et de l'odeur . Donc , si nous avions quelques organes de moins , nous ignorerions d'admirables et singulières choses , mais si nous avions quelques organes de plus , nous découvririons autour de nous une infinité d'autres choses que nous ne soupçonnerons jamais faute de moyen de les constater . Nous nous trompions en jugeant le Connu , et nous sommes entourés d'Inconnu inexploré . Selon toute vraisemblance tout était incertain et appréciable de manières différentes . Tout était faux , tout était possible , tout était douteux . D'où je conclus que les mystères entrevus comme l'électricité , le sommeil hypnotique , la transmission de la volonté , la suggestion , tous les phénomènes magnétiques , ne nous demeuraient cachés , que parce que la nature ne nous avait pas fourni l'organe , ou les organes nécessaires pour les comprendre . Après m'être convaincue que tout ce que me révèlaient mes sens n'existais que pour moi tel que je le perçevais et serait totalement différent pour un autre être autrement organisé , après en avoir conclu qu'une humanité diversement faite aurait sur le monde , sur la vie , sur tout , des idées absolument opposées aux nôtres , car l'accord des croyances ne résultait que de la similitude des organes humains , et les divergences d'opinions ne provennaient que des légères différences de fonctionnement de nos filets nerveux , j'ai fait un effort de pensée surhumain pour soupçonner l'impénétrable qui m'entourait .




Circle Jerks : Killing For Jesus ♪ .





# Posté le mercredi 30 janvier 2008 02:02

Modifié le samedi 22 août 2009 16:32

Les soleils s'usent donc ?

Les soleils s'usent donc ?
Les soleils, mais pas la lumière qui est en eux. La substance dure, chaque parcelle s'est désunie de l'unité pour devenir unité ; seulement la forme qui les rassemblait s'est reportée ailleurs. A la dissolution de l'homme, quand se défait l'assemblage momentané qui constituait sa personne, tous les éléments qui le composaient repartent en liberté vers leur patrie première. Alors des mondes s'organisent dans son cadavre à peine froid, des races se dépêchent de naître, il y a des peuples qui ont pour océan les liquides de son ventre, et qui courent, comme entre des arbres, à travers les poils de sa peau. Le chaos, pour eux, c'était l'instant où le corps intact recélait dans ses organes non détruits les germes d'où ils devaient éclore ; mais l'ordre s'établit, et plus gagne la pourriture, plus se développe l'harmonie. Et l'âme aussi, délivrée de l'unité qui la retenait, se diffuse pour pénétrer d'autre matière. N'as-tu pas reconnu des voix humaines dans le murmure des roseaux ? Les chiens qui hurlent ne te parlent-ils pas de tes amis morts ? Quand tu tressailles au vent du soir, c'est qu'il t'apporte des caresses fluides et des senteurs de sentiment, comme celles que l'on hume sur les têtes chéries. Il n'y a qu'un certain nombre de couleurs, de sons, de formes, d'idées, qui passent et repassent dans la substance pour en varier les modes, et sous des apparences différentes manifester l'éternelle chose : de ces existences infinies, l'être vit, comme elles vivent de lui.
Les racines de Dieu sont au fond de l'âme humaine : c'est de là que se tire l'absolu.


Mott The Hoople : Violence ♪ .


# Posté le mercredi 14 mai 2008 16:35

Modifié le dimanche 22 novembre 2009 09:26

Où l'horreur se mêle à la beauté et le fantastique côtoie l'esthétisme .

Où l'horreur se mêle à la beauté et le fantastique côtoie l'esthétisme .
Dans le sommeil, je suis tout; mais je n'en sais rien. La conscience suppose réflexion et division. La conscience n'est pas immédiate. Je pense, et puis je pense que je pense, par quoi je distingue Sujet et Objet, Moi et le monde. Moi et ma sensation. Moi et mon sentiment. Moi et mon idée. C'est bien le pouvoir de douter qui est la vie du moi. Par ce mouvement, tous les instants tombent au passé. Si l'on se retrouvait tout entier, c'est alors qu'on ne se reconnaîtrait pas. Le passé est insuffisant, dépassé. Je ne suis plus cette enfant, cette ignorante, cette naïve. A ce moment-là même j'étais autre chose, en espérance, en avenir. La conscience de soi est la conscience d'un devenir et d'une formation de soi irréversible, irréparable. Ce que je voulais, je le suis devenu. Voilà le lien entre le passé et le présent, pour le mal comme pour le bien.

Ainsi le moi est un refus d'être moi, qui en même temps conserve les moments dépassés. Se souvenir, c'est sauver ses souvenirs, c'est se témoigner qu'on les a dépassés. C'est les juger. Le passé, ce sont des expériences que je ne ferais plus. Un artiste reconnaît dans ses œuvres qu'il ne s'était pas encore trouvé lui-même, qu'il ne s'était pas encore délivré; mais il y retrouve aussi un pressentiment de ce qui a suivi. C'est cet élan qui ordonne les souvenirs selon le temps.


The Darkness : I Believe In A Thing Called Love ♪ .

# Posté le mardi 21 juillet 2009 12:04

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 06:53

Take away [ ! ]

Take away [ ! ]







Qui est tel l'infini qui n'est que le fini miroir.

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# Posté le mercredi 21 octobre 2009 01:04

Traité Du Désespoir .

Traité Du Désespoir .
Le sérieux comprend que si la mort est une nuit, la vie est le jour, que si l'on ne peut travailler la nuit, on peut agir le jour, et comme le mot bref de la mort, l'appel concis, mais stimulant de la vie, c'est aujourd'hui même. Car la mort envisagée dans le sérieux est une source d'énergie comme nulle autre ; elle rend vigilant comme rien d'autre. La mort incite l'homme charnel à dire : " Mangeons et buvons, car demain, nous mourrons ". Mais c'est là le lâche désir de vivre de la sensualité, ce méprisable ordre des choses où l'on vit pour manger et boire, et où l'on ne mange ni ne boit pour vivre. L'idée de la mort amène peut-être l'esprit plus profond à un sentiment d'impuissance où il succombe sans aucun ressort ; mais à l'homme animé de sérieux, la pensée de la mort donne l'exacte vitesse à observer dans la vie, et elle lui indique le but où diriger sa course. Et nul arc ne saurait être tendu ni communiquer à la flèche sa vitesse comme la pensée de la mort stimule le vivant dont le sérieux tend l'énergie. Alors le sérieux s'empare de l'actuel aujourd'hui même ; il ne dédaigne aucune tâche comme insignifiante ; il n'écarte aucun moment comme trop court.

Deep Purple : Smoke On The Water ♪ .

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# Posté le mardi 21 juillet 2009 12:03

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 06:53

Macaron Au Citron .

Macaron Au Citron .
Déjà moins interieur à mon corps que cette vie des personnages , venait ensuite , à demi projeté devant moi , le paysage où se déroulait l'action et qui exerçait sur ma pensée une bien plus grande influence que l'autre , que celui que j'avais sous les yeux quand je les levais du livre . Mon corps qui sentait dans le sien ma propre chaleur voulait s'y rejoindre .


Ce ne sont pas les excitations de sa nature qui éveillent en l'homme les passions, ces mouvements désignés par un mot si juste et qui causent de si grands ravages dans ses dispositions primitivement bonnes. Il n'a que des petits besoins, et les soucis qu'ils lui procurent laissent son humeur calme et modérée. Il n'est pauvre (ou se croit tel) qu'autant qu'il a peur que les autres hommes puissent le croire pauvre et le mépriser pour cela. L'envie, l'ambition, l'avarice, et les inclinations haineuse qui les suivent, assaillent sa nature, en elle-même modérée, dès qu'il vit au milieu des hommes; et il n'est même pas besoin de supposer ces hommes déjà enfoncés dans le mal, lui donnant de mauvais exemples; il suffit qu'ils soient là, qu'ils l'entourent et qu'ils soient des hommes, pour qu'ils se corrompent les uns les autres dans leurs dispositions morales et qu'ils serendent mutuellement mauvais.



Pantera : Cowboys From Hell ♪ .

# Posté le mardi 21 juillet 2009 12:02

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 06:55

C'est l'autre rive qui reçoit le couchant .

C'est l'autre rive qui reçoit le couchant .
Nous vivons encore dans l'histoire, mais le moment approche où nous en sortirons, où nous en serons sortis ; bien plus, en droit, l'histoire est déjà arrivée à son terme, et ce n'est que par la faute de notre inconscience qu'elle dure encore dans les faits, que pour parler concrètement, nous connaissons encore des guerres, des révolutions, des injustices et des luttes libératrices ; si elles sont nécessaires pour rendre visibles aux obtus que nous sommes, ce que la pensée d'hommes clairvoyants a déjà discerné depuis longtemps, comme la fin inévitable et même temps heureuse de l'histoire, elles ne sont plus justifiées au jugement de la raison.

Il sera utile de s'entendre sur les termes que nous venons d'employer. La fin de l'histoire peut être une fin par extinction de l'homme, sujet de l'histoire, par la disparition de l'humanité, soit qu'elle se détruire elle-même, soit que la lente transformation des conditions naturelles conduise au même résultat. Parler d'histoire n'aurait alors plus de sens : seul de tous les êtres que nous connaissons, l'homme a une histoire, en ce sens qu'il a conscience de son passé, et par extension, de celui de la terre, des animaux, du cosmos : aucun être non-humain ne se souvient de ce qui est arrivé à ses aïeux, aucun n'anticipe l'avenir, parce qu'aucun n'est doué de langage, c'est-à-dire de pensée et qu'aucun ne peut parler du possible, de cette toile de fond sur lequel le réel se détache pour devenir significatif. Il n'y a pas d'histoire pour qui n'est pas capable de dire: " cela aurait pu se passer autrement ", de comprendre ainsi ce qui s'est passé réellement. L'humanité disparue il n'y aurait plus d'histoire. Et ce qui se produirait - se produira, dira le pessimiste - en cas de suicide de l'humanité, se produira de façon encore plus radicale, si l'on peut dire, en cas de disparition de notre monde.



Lynyrd Skynyrd : Gimme Three Steps ♪ .

# Posté le mardi 21 juillet 2009 12:01

Modifié le mardi 01 septembre 2009 09:21

Il faut avoir un chaos en soi même pour accoucher d'une étoile qui danse .

Il faut avoir un chaos en soi même pour accoucher d'une étoile qui danse .
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Dès le matin , la tête encore tournée contre le mur , et avant d'avoir vu , au-dessus des grands rideaux de la fenêtre , de quelle nuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu'il faisait . Les premiers bruits de la rue me l'avaient appris , selon qu'ils me parvenaient amortis et déviés par l'humidité ou vibrants comme des flèches dans l'aire résonnante et vide d'un matin spacieux , glacial et pur ; dès le roulement du premier tramway , j'avais entendu s'il était morfondu dans la pluie ou en partance pour l'azur . Et, peut-être, ces bruits avaient-ils été devancés eux-mêmes par quelque émanation plus rapide et plus pénétrante qui , glissée au travers de mon sommeil , y répandait une tristesse annonciatrice de la neige , ou y faisait entonner , à certain petit personnage intermittent , de si nombreux cantiques à la gloire du soleil que ceux-ci finissaient par amener pour moi , qui encore endormie commençais à sourire, et dont les paupières closes se préparaient à être éblouies , un étourdissant réveil en musique . Ce fut , du reste , surtout de ma chambre que je perçus la vie extérieure pendant cette période .

The Doors : The End ♪ .

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# Posté le mardi 25 décembre 2007 12:53

Modifié le mardi 25 août 2009 03:45

Imagination, maîtraisse du monde.

Imagination, maîtraisse du monde.
Imagination. C'est cette partie dominante dans l'homme, cette maîtresse d'erreur et de fausseté, et d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours ; car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était infaillible du mensonge. Mais, étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux. Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages ; et c'est parmi eux que l'imagination a le grand droit de persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses. Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l'homme une seconde nature. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres ; elle fait croire, douter, nier la raison ; elle suspend les sens, elle les fait sentir ; elle a ses fous et ses sages ; et rien ne nous dépite davantage que de voir qu'elle remplit ses hôtes d'une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison. Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux-mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent les gens avec empire ; ils disputent avec hardiesse et confiance ; les autres, avec crainte et défiance : et cette gaîté de visage leur donne souvent l'avantage dans l'opinion des écoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur auprès des juges de même nature. Elle ne peut rendre sages les fous ; mais elle les rend heureux, à l'envi de la raison qui ne peut rendre ses amis que misérables, l'une les couvrant de gloire, l'autre de honte...


Black Flag : Louie Louie ♪ .

# Posté le mardi 21 juillet 2009 12:00

Modifié le mardi 25 août 2009 03:40